Réseaux sociaux
Contexte
Les réseaux sociaux – Facebook, YouTube, LinkedIn, Twitter, etc. – sont désormais ancrés dans le quotidien de millions de gens. Progressivement, ils se sont imposés dans toutes les sphères de notre vie, privée comme publique et politique. Aujourd’hui, certains d’entre eux sont incontournables et chacun est invité à y être présent. Leur force s’inscrit dans un contexte de modernité marqué à la fois par l’individualisation des rapports sociaux et la globalisation des espaces d’échange. Nombre d’individus voient en effet dans ces réseaux un espace de rencontre et de liberté où ils peuvent non seulement se construire en tant qu’acteurs sociaux mais aussi fédérer et rassembler rapidement autour de causes personnelles comme politiques et ce sans devoir affronter les barrières liées aux rigidités de l’espace public traditionnel. Mais leur succès interroge aussi l’état du lien social et des libertés dans notre Société : par exemple, si dans nombre de pays, des réseaux sociaux comme Facebook et Twitter deviennent de formidables places de rassemblement et de résistance, ils ne font que traduire l’oppression et le manque de liberté dans lesquels ces régimes tiennent leurs populations.
Ces vastes communautés tiennent en outre à la prestation d’un service de la société de l’information par un opérateur commercial. Autrement dit, la base de la régulation d’un réseau social repose sur deux éléments maîtrisés par son fournisseur : l’architecture du réseau (ainsi que ses fonctionnalités) et les conditions d’utilisation (ainsi que la politique de confidentialité). Avec le temps, ces deux variables – fondamentales – évoluent au gré des initiatives du prestataire de service et des pratiques des utilisateurs. Si les réseaux sociaux présentent de nombreux avantages, ils ne sont pas non plus sans risques. Ainsi, les utilisateurs doivent-ils, pour y participer, adhérer à une trame contractuelle et technique sans toujours ni comprendre ni maîtriser les termes de celle-ci. Par ailleurs, les individus s’exposent les uns aux autres et prennent le risque d’en subir des conséquences néfastes.
Le réseau social est donc un laboratoire intéressant pour tester les limites de nombreuses réglementations dont il remet parfois les concepts fondamentaux et champs d’application en question et pour s’interroger sur les nouvelles normes sociales auxquelles ces réseaux semblent donner lieu, élevant popularité, d’une part et voyeurisme, de l’autre au rang de principes de vie en Société.
Enjeux
Le regard sur les réseaux sociaux peut se faire à différents niveaux. Sur le plan sociologique et juridique, l’analyse de l’outil (facebook, twitter, friendster, myspace…) et plus particulièrement ses hypothèses de conception quant à l’organisation des données personnelles et des liens sociaux est incontournable. Cette organisation peut en effet avoir des impacts importants non seulement sur la vie privée mais aussi sur la maîtrise que chacun peut avoir de ses données comme de son réseau. De ce point de vue, il est essentiel de comprendre ce que deviennent toutes ces traces anodines que nous laissons sur les réseaux, analyser les trajets qu’elles opèrent pour se retrouver agrégées dans des profils à des fins de contrôle ou de marketing.
Les réseaux sociaux donnent aussi lieu à de nouvelles pratiques sociales. Ainsi des groupes très variés (militants politiques, jeunes adolescents, patients atteints du cancer…) développent au départ de ces réseaux différents usages, leur donnant un sens et une force à chaque fois très différentes. Certains services de prévention, dans le secteur de l’aide psychologique par exemple, s’interrogent sur l’opportunité d’une présence sur ces réseaux ainsi que sur les risques d’utiliser leur force d’impact afin de renforcer, voire de créer de nouvelles formes de liens avec leur(s) public(s).
Ces réseaux questionnent également le type de lien social qui s’y crée : ouvrent-t-ils à de nouvelles formes de relations sociales ou au contraire ne font-ils que reproduire ou renforcer des réseaux préexistants ? Se trament-ils dans la diversité et la mixité sociale ou au contraire sont-ils vecteurs « d’entre soi » et de replis identitaires ?
D’autres questions juridiques se posent également comme l’autonomie des volontés et du consentement, le droit d’auteur sur des créations partagées et mises en lignes dans des espaces certes publics, mais vécus comme privés, la transparence et l’information de l‘utilisateur et sa protection en tant que consommateur sur ces réseaux, la détermination du droit applicable et du juge compétent en cas d’éventuel litige sur ces espaces globalisés.
Un regard communicationnel posera quant à lui la question du retour massif de ces « communications rumorales » et tentera de développer des outils de compréhension face aux risques de rupture de cadre de la communication.
Expertise et réalisations
La problématique des réseaux sociaux a suscité diverses recherches au sein du CRIDS que ce soit dans une perspective juridique, sociologique ou communicationnelle. Des recherches qualitatives (interviews, netnography) comme quantitatives (enquête par questionnaires – websurveys) sur les nouvelles pratiques sociales, culturelles et politiques liées aux réseaux sociaux ont été effectuées, ainsi qu’une analyse sociotechnique de plateformes de réseaux sociaux sur l’impact social des choix techniques. Des projets de recherche et contributions scientifiques ont alimenté l’analyse sociologique, communicationnelle et juridique des nouvelles pratiques et politiques en matière de gestion des données à caractère personnel (profilage, sous-veillance, …). La réflexion menée en matière d’ « e-socialisation » peut par ailleurs être rattachée à celle portant sur le « Cloud Computing ». A cet égard, une thèse de doctorat – en droit – est en cours sur l’applicabilité aux situations internationales du droit à la vie privée et des droits connexes, notamment à l’épreuve des réseaux sociaux. Enfin, le CRIDS réalise pour le moment une recherche qualitative concernant un projet-pilote d’utilisation réfléchie de Facebook dans le cadre de services d’aides psychologiques.
Contact
Prof. Claire Lobet-Maris : claire.lobet@fundp.ac.be
Sarah Gallez : sarah.gallez@fundp.ac.be (aspects sociologiques)
Jean-Philippe Moiny : jean-philippe.moiny@fundp.ac.be (aspects juridiques)
Prof. Annabelle Klein : annabelle.klein@fundp.ac.be (aspects communicationnels)

