Gouvernance, éthique et démocratie technique
Contexte
Les dernières décennies ont vu évoluer le statut et la responsabilité du technology assessment dans les projets et décisions technologiques. D’une position assez externe et en surplomb où il leur revenait d’évaluer les politiques de R&D ou d’analyser les impacts légaux, sociaux, économiques ou éthiques de certaines technologies, le technology assessment est aujourd’hui invité à y jouer un rôle d’acteur à part entière. Cette invitation s’inscrit sur fond d’une réflexion critique quant à la portée d’une recherche en sciences humaines quand celle-ci reste à la marge de la scène technologique, sans réel impact sur les projets qui s’y mènent. Mais cette invitation est aussi le résultat d’une certaine approche constructiviste des sciences et des technologies, posant celles-ci comme socialement forgées à travers de multiples épreuves que lui font passer ceux qui jalonnent son parcours.
Laisser ces épreuves aux seules mains des industriels et des ingénieurs apparaît, aux yeux de nos démocraties, bien risqué, certaines technologies ayant connu de tragiques destins faute d’avoir pu faire connaissance suffisamment tôt avec la société et les controverses… Le technology assessment s’inscrit dès lors comme un acteur essentiel dans l’organisation d’épreuves citoyennes et démocratiques de décisions et développements technologiques.
Enjeux
L’objectif du technology assessment est de faire exister la Société, ses exigences humaines et démocratiques, dès la conception même de la technologie. Pour ce faire, différentes méthodes sont utilisées. Au sein des projets, la méthode des scénarios permet de créer une base collective de débat et de délibération des choix éthiques qui se posent aux concepteurs. Cette trame narrative, mettant en scène les technologies dans la vie sociale, permet à tous à travers un langage commun de tirer les enjeux sociaux, éthiques et légaux de certains choix technologiques envisagés. Par ailleurs, pour faire sens démocratique, les choix délibérés à l’intérieur d’un projet doivent aussi pouvoir se mettre à l’épreuve du public non pas tant pour en attendre un vote de sanction ou d’approbation que pour apprendre de la dynamique des savoirs et des questionnements suscités par les technologies en construction. Dans la démarche scientifique traditionnelle, cette construction passe généralement par la constitution et la consultation d’un panel d’experts, censés représenter la société. En termes de démocratie technologique et de dynamique des savoirs, cette démarche qui réserve la « voix » aux seuls experts ne peut être suffisante. Il importe de croiser les savoirs experts aux savoirs profanes et, parmi ces derniers, de mobiliser des voix contrastées, dominantes et marginales, majoritaires et précaires, pour qu’elles nous aident à lire ces choix technologiques dans leurs implications normatives, dans ce qu’ils fabriquent ou reproduisent comme exclusion sociale ou régression démocratique.
Expertise et réalisations
La CITA, une des composantes du CRIDS, est un centre pionnier dans le technology assessment depuis 1988. Il a participé à l’évaluation et la délibération de nombreux projets ou décisions technologiques hautement sensibles dans le domaine médical, de la sécurité intérieure et de la surveillance et a développé une expertise méthodologique à travers le développement de techniques de délibération et de concertation sociale et publique autour de choix technologiques.

